L’interview de Thomas Staudenmeyer

Il y a cette citation si répandue qui conseille de « vivre ses rêves plutôt que de rêver sa vie » et avec Thomas Staudenmeyer, elle prend tout son sens. Les photos qu’il capture respirent la joie de vivre, la paix et l’amour. Des mots courants qu’on oublie parfois de vivre, simplement. Le Beau Bug avait envie de faire parler ce photographe, un peu philosophe, beaucoup philanthrope, passionnément voyageur. Rencontre et bavardages…

Peux-tu nous faire un panorama de tes voyages ?

C’est une vaste question ! Je voyage depuis tout petit, mes parents aimaient beaucoup l’Indonésie et les îles du coup je passais mes vacances au bout du monde, c’était génial ! Je me faisais des copains sur place et j’ai pris cette habitude d’être toujours en mouvement, de voir d’autres cultures. Ça m’a ouvert l’esprit, mais le vrai voyage a surtout commencé avec mes amis Joe et Raph.

Y a-t-il un voyage ou une destination qui t’a plus marqué que les autres ?

Il n’y a pas un voyage qui m’a marqué plus qu’un autre. Depuis que j’ai 18 ans j’aime partir avec le même groupe de copains. Nous sommes trois, trois c’est le chiffre parfait, on se complète à notre manière, chacun apporte une énergie au groupe. Nos voyages sont de plus en plus intenses, dans des conditions « extrêmes ». Nous aimons partir de façon totalement désorganisée et c’est dans ces moments-là que nous faisons les plus belles rencontres. Sans le savoir, nous attirons des personnes, des événements que nous attentions.

©Thomas Staudenmeyer

Les sensations fortes, la jouissance de l’existence c’est un peu la même chose pour toi ?

Je ne sais pas si on peut parler de sensations fortes, je gère mal le stress (rire). Je fais de l’’escalade et de façon plus sérieuse cette année. Ça semble toujours plus dur de l’extérieur et ce qui me marque le plus c’est qu’une fois sur la falaise, il n’y a plus que le moment présent qui existe. Ce qui est jouissif c’est d’accomplir un geste après l’autre, c’est une baston intérieure et une fois arrivé en haut, quand on a tout donné, on est juste rempli de vie. La jouissance arrive ensuite. Contrairement à ce qu’on pourrait penser ce n’est pas la première action qui marque, d’abord il y a la mise en difficulté, le fait de se secouer et ensuite on prend le plaisir que la vie a à nous donner. C’est ce qu’on essaie de faire pendant nos voyages : se mettre en difficulté.

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©Thomas Staudenmeyer

©Thomas Staudenmeyer

Comment la photo est-elle arrivée dans ta vie ?

La photo est arrivée avec mes parents, quand j’ai trouvé le vieil argentique dans le grenier ou quand j’ai utilisé les nouveaux compacts numériques. J’ai commencé à prendre des photos en allant en montagne et en photographiant les ambiances, mes amis enfin ce que j’aimais là-haut.

Que veux tu capturer par la photographie ?

Ce qui me touche dans la vie, le moment où je me dis « wow c’est canon ça ». Encore faut-il réussir à les saisir mais j’adore les ambiances de voyages, en montagne ou en ville. Essayer de capturer des moments éphémères. Une brume éclairée par les lampadaires, la lumière du matin qui va venir inonder un coin de montagne, des repas partagés au bout du monde avec une bouteille de gaz pour lumière… tous ces instants magiques.

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Tu te sens plus proche du reportage? du portrait? de la photo d’art…?

Je ne peux pas dire que je fais du reportage. Je voyage souvent et je prends mes amis en photos, les ambiances que je rencontre. Je ne dénonce rien, je ne montre rien de particulier à part peut-être l’énergie positive dont je m’entoure.

La photo d’art c’est encore autre chose, ce sont des moments choisis et prémédités. J’aime jouer avec la lumière, elle construit la photo et elle donne souvent un regard double ou ambiguë. À Toulouse par exemple, je trouve que les photos de Pierre Carrere sont très intéressantes dans l’utilisation de la lumière et les reflets en noir et blanc.

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©Thomas Staudenmeyer

©Thomas Staudenmeyer

Tu parles de poèmes qui ont façonné ton imaginaire et qui influencent tes photographies, quel est celui dont tu aimerais nous parler ?

Joe, un très bon ami, met de la musique dans la voiture et lit de beaux poèmes. À chaque fois je suis impressionné et j’achète les bouquins en suivant. Maintenant j’adore lire des poèmes dans lesquels j’essaie de retrouver mes photos. Ce ne sont pas vraiment des poèmes, mais plutôt des extraits de romans. Ils illustrent à la perfection des moments, des sentiments que l’on ressent et sur lesquels on n’arrive pas à mettre de mots. Ils construisent un univers rempli de joie de vivre et c’est ce que j’aime en photographie.

J’ai lu un très beau passage ce matin. C’est un extrait du livre La folle allure de Christian Bobin :

«  Il nous faut mener double vie dans nos vies, double sang dans nos cœurs, la joie avec la peine, le rire avec les ombres, deux chevaux dans le même attelage, chacun tirant de son côté, à folle allure. Ainsi allons-nous, cavaliers sur un chemin de neige, cherchant la bonne foulée, cherchant la pensée juste et la beauté parfois nous brûle, comme une branche basse giflant notre visage, et la beauté parfois nous mord comme un loup merveilleux sautant à notre gorge. »

©Thomas Staudenmeyer

Tu cites Camus, qu’est ce qui t’inspire chez cet auteur ?

Camus a été une véritable révélation pour moi. C’est en le lisant que je me suis rendu compte qu’il y avait des questions beaucoup plus graves que celles que je me posais et qu’il fallait arrêter de faire des choses qui ne nous plaisent pas, ou de s’entourer de gens qui ne partagent pas cet amour de vivre. Que l’on se devait de ressentir à chaque instant, un soleil qui nous mord la peau séchée par le sel, des odeurs qui s’échappent pendant une promenade dans les herbes hautes…parce qu’on a choisi la vie.

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Quand on regarde tes photographies, on a l’impression de voir un livre de Kerouac se dérouler devant nos yeux. Tes voyages, ton mode de vie, ton art sont-ils comparables à la Beat Generation ?

La Beat Generation est quelque chose de très beau qui m’inspire forcement. Cette fureur de vivre dans Sur la route ou encore cette poésie dans Les clochard célestes… Mais pendant notre voyage aux États-Unis on a rencontré beaucoup de marginaux, d’anciens hippies qui ont vécu une vraie désillusion. Ces personnes n’ont pas compris ce qu’on entreprend car ça n’a pas fonctionné avant. On essaie juste de regarder le monde avec un regard différent, le vivre à fond et c’est peut-être en ça que je m’identifierai le plus à ce mouvement. On est forcement bercés par cette tradition, mais ce n’est pas vraiment ce que l’on recherche, on fait les choses à notre façon.

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As-tu quelque chose à dire à propos de ta génération, la nôtre ? Celle des grands enfants d’aujourd’hui nés dans les années 90 ?

Pour moi, quand on peut faire le choix de suivre ses rêves, il faut le faire à fond. Trop de gens laissent tomber par fainéantise, c’est facile et moi-même j’ai tendance à le faire. Mais il suffit de lire Camus pour comprendre que le monde est absurde et que la seule vraie question c’est de se demander si la vie vaut ou pas d’être vécu. À ce moment-là, on apporte moins d’importance aux attentes, aux pressions qui nous bercent depuis tout petit. Alors, autant se construire un monde tourné vers l’amour et la joie. J’ai l’impression qu’il y a une vraie dynamique aujourd’hui ! Que ce soit autour de la musique ou de l’art en général il y a beaucoup de jeunes qui veulent montrer cette vie qui bouillonne.

L’amour que tu ressens a-t-il agit sur ton processus de création ?

Il agit forcément. Sans lui, pas de passion, que ce soit pour les sujets photographiés ou pour la personne qu’on aime, on a envie de créer quelque chose de beau. Ça peut aussi être pour un beau poème qui tient à cœur, ou des moments forts vécus en montagne. L’amour est obligatoirement là je pense.

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Et pour toi, c’est quoi l’amour ?

Ce n’est peut-être pas la question la plus simple de cette interview… Pour moi, l’amour c’est quelque chose de simple et de complexe à la fois. (rire) Il s’impose à toi, si tu as le courage de l’accepter et de t’engager c’est magnifique, mais il ne faut pas hésiter trop longtemps.

Cela vaut pour toutes les choses de la vie : un bon repas partagé avec des amis, de belles nuits, ou juste un regard que tu croises. Enfin, pour moi l’amour est partout et il faut le saisir.

Peux-tu nous livrer un peu de tes projets futurs ?

J’ai arrêté la fac cette année pour me concentrer sur la grimpe pendant deux ans. Et puis, dans un futur relativement proche, faire l’école de guide de Chamonix.

Je vais évidemment continuer la photo et lire de beaux livres. Essayer de faire quelques projets avec une amie comme imprimer des photos et du texte. On veut faire des petits fanzines qui seraient déposer dans des lieux publics et que les gens puissent lire à Toulouse.

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©Thomas Staudenmeyer

Qu’est ce qu’un beau bug pour toi ?

Un beau bug c’est peut-être quelque chose qui te semble spontané ou venir de nulle part, mais qui en fait arrive parce que tu le cherches inconsciemment.

Tendrement.

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