L’interview de Fhin

Ayant déjà séduit des millions d’utilisateurs avec son EP A Crack In the Eyes en 2016, Fhin aurait pu se reposer sur ses lauriers et continuer de proposer une musique entre la future et la chillwave. Cependant, son nouvel EP Around.Away a des accents plus downtempo, plus cinématographiques, mais n’en est ni moins charmeur, ni moins addictif. Nous lui avons posé quelques questions à l’occasion de cette sortie.

1. Peux-tu te présenter en quelques mots ?
Je m’appelle Brice, j’ai 24 ans,  j’aime la musique, les chiens, Interstellar et les plats savoyards à base de gras.

2. Pourquoi Fhin ?
C’est un clin d’oeil à Thin Ice des Floyd, beaucoup de choses tombaient bien avec ce mot, le fait que je sois fin (physiquement), je trouvais ça grave joli avec un « F ».

Ton dernier EP, A Crack In The Eyes, était rempli de sonorités à faire pâlir un Flume, Petit Biscuit, ou même Fakear.
3. Elle a été inspirée par leurs titres, la production de cet EP ?
Je pense que beaucoup de productions actuelles sont inspirées du travail de Flume, il a beaucoup influencé la façon de traiter le son, jusqu’à la pop radio. J’aime beaucoup ce qu’il fait, ses sonorités ont bien déteint sur moi, comme sur « Eh », c’est assez flagrant, Fakear à lui aussi été beaucoup influencé il semblerait !

Around.Away est résolument plus sombre, plus posé, les artworks étant les premiers à témoigner de ce changement.
4. Etait-ce volontaire de s’éloigner de l’univers du premier EP ?
Oui, j’avais clairement envie de montrer une autre partie de moi, le premier était une bonne façon de mettre les projecteurs sur le projet, maintenant il est temps de développer, et j’ai plein de choses à faire encore, j’ai hâte !

L’EP arbore un côté presque cinématique : la musique est visuelle, lorsqu’on l’écoute c’est tout un univers qui se déploie devant nous.
5. Est-ce que des oeuvres cinématographiques ont influencé l’écriture de l’EP ?
Non, en revanche je m’inspire beaucoup de mes rêves, ce qui me fait beaucoup jouer avec les textures, le traitement du son, j’essaie de rendre mes compositions les plus immersives possible. C’est aussi pour ça qu’en général j’ai des structures assez bizarres, jamais de refrain ou couplet, du chant par ci-par là…  Je cherche à raconter une histoire, dans un rêve on est dans une ambiance et on saute d’une scène à une autre, parfois ça peut changer radicalement, j’aime bien jouer avec ça.

Si l’on rentre dans le détail du voyage que tu nous offres : lorsque l’on appuie sur play, c’est le titre Around.Away qui se lance en premier. D’emblée, ce sont des sonorités proches des titres électro-acoustiques de Max Cooper qui se font entendre, et il y a, cela va sans dire, une teinte très mélancolique dans ce morceau.
6. Qu’est-ce qui explique l’omniprésence de cette émotion ?
C’est vrai que naturellement, je produis beaucoup de mélancolie lorsque je compose, c’est un sentiment qui me touche dans la musique, sans pour autant être un grand mélancolique. Je suis même un grand optimiste en fait, bien que ce soit pas tout à fait incompatible.

« Around » et « Away » sont les deux mots qui se font entendre, de manière répétée et syncopée.
7. Leur diction, presque abstraite, signifie quoi pour toi ?
En réalité c’est un petit hasard le titre de ce morceau, je me suis servi de morceaux de ma voix d’une compo en cours de création, je les ai découpé et on a l’impression d’entendre ça. je trouvais ça beau ce titre. Ce qui semble loin peut être tout proche et vice et versa. Un beau bug quoi.

Around.Away est suivi du langoureux Irréversible, au rythme tantôt présent tantôt absent, et dans lequel les voix prennent une place prépondérante. Un titre en français pour un morceau en anglais, en featuring avec la chanteuse pop Chloé Black.
8. Comment est née cette collaboration entre vous deux ?
J’avais fait ce remix de « 27 club » pour elle, elle m’a envoyé un mail me disant qu’elle kiffait bien et qu’elle aimerait me voir à Londres, qu’on fasse du son, et hop !

Le titre semble être construit sous forme de dialogue, dialogue qui se voit secondé de vocals presque incompréhensibles.
9. Elles racontent quoi, ces vocals ?
En fait c’est juste mon couplet du départ qui est mis à l’envers !

« Eyes closed, the light is brighter »

Cet extrait des paroles de Feel Your Face provient du commencement du titre, et il donne le ton. Bien que lumineux, une ombre persiste, offrant à ce morceau construit en trois temps une teinte profondément nostalgique, comme si une page était en train de se tourner pour quiconque vivrait l’histoire de ce morceau.
10. Quelque chose de difficile semble se cacher derrière ce titre. Est-ce le cas ?
Une fois de plus je parle du rêve dans ce titre. Parfois, en rêvant on vit des trucs fous qu’on aura jamais la chance de vivre dans la vie, d’où cette phrase. C’est un gars qui s’enferme dans ses rêves, qui veut switcher, jamais se réveiller.

Le trop court Picture Of You surprend par la tonalité très grave de cette voix. C’est aussi le premier titre acoustique (piano-voix) que l’on a l’occasion d’entendre.
11. Qu’est-ce qui a motivé ces choix ?
Ma mère m’en veut pour sa durée et le choix du traitement de voix. Je me suis mis un petit défi de faire un morceau simplement piano voix efficace, sans production derrière. j’ai quand même voulu le teinter un peu de surnaturel d’ou le traitement un peu étrange, avec la réverb’ changeante etc.

Enfin, après le titre Holy Drops résolument dominé par des basses puissantes, on arrive au titre qui avait déjà fait fureur avant la sortie de l’EP : Quand On Arrive En Ville. Premier titre en français que l’on a l’occasion d’entendre, il s’agit d’une reprise de Daniel Balavoine, titre qui tire un portrait sombre et tragique des événements auxquels les nouveaux arrivants font face dans une ville.
12. Et la reprise est totalement différente. Pourquoi avoir choisi de le reprendre ? Balavoine fait partie de ton répertoire musical ?
J’ai écouté près d’un milliard de fois Starmania étant gamin, ma mère est une fan. J’adore cette chanson, j’ai trouvé intéressant de la prendre de manière un peu insolante, froide mais toute douce. Ça donne un côté un peu creepy et d’autant plus flippant. « Qui est ce qui viole les filles ? c’est nous » en gros, tout en douceur.

13. En disant « tout ce qu’on veut c’est être heureux », c’est une rupture paradoxale qui s’opère avec le reste des paroles. Du coup, la ville, cadre pour s’épanouir ou pas ?
Je suis pas archi fan de la ville de manière général, j’ai grandit à la campagne. C’est beau et il y a une sacrée énergie mais à prendre en petite dose 

14. Bien que l’EP vienne à peine de sortir, on se demande déjà si un album, ou un projet live agrémenté de visuels n’est pas à l’honneur ?
Je travaille en ce moment sur un show lumière avec Leo Mozoloa qui a réalisé la session live de Bordeaux. j’aimerais beaucoup faire de la vidéo aussi, c’est plus un souci de budget…

15. Tu es plutôt…
– Piano ou synthé ?
Piano

– Français ou anglais ?
Anglais

– Être enfant ou être adulte ?
Enfulte

– Ville ou campagne ?
Campagne

16. Une anecdote à nous faire partager ?
J’ai été récemment invité par le fils de Michel Berger et France Gall (Raphaël Hamburger) dans ses studios parce que ma reprise lui a beaucoup plu. Il m’a dit que sa maman avait beaucoup apprécié aussi et que ça l’avait faite danser haha ! Rien de plus satisfaisant je pense quand on reprend un titre comme celui là.

17. Notre magazine s’appelle Le Beau Bug, qu’est-ce que c’est pour toi, un beau bug ?
J’en ai souvent des beaux bugs, une erreur, un clic au mauvais endroit qui te transforme un son, je pense que beaucoup de jolies choses se font comme ça chez tous les producteurs.

18. Enfin, quels sont les indispensables à avoir dans sa bibliothèque musicale ?
Discovery et Wolfgang Amadeus Phoenix

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Tendrement,
Cloé Gruhier,
Le Beau Bug.

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