Les wandjinas du Kimberley

Les terres australes regorgent de cultures ancestrales. Des peuples aborigènes perpétuent leurs traditions et cristallisent l’art des siècles passés. Il y a à peu près quatre mille ans, leurs ancêtres peignaient des wandjinas sur les parois, aujourd’hui les dessins sont encore entretenus. Précieuse poésie d’une population animiste…

D’exceptionnels ensembles rupestres agrémentent des rites en continu, notamment dans la région occidentale du Kimberley. C’est dans le granit, cette roche aux diverses nuances qu’ils ont tracé les premières formes. Depuis, le soleil n’a cessé de faire danser ses chaleureux pigments. De l’orange sanguine au brin aride, les nuances de cette pierre forment un paysage à elles seules. Tandis ce que la lumière caresse les parois, l’eau se faufile à travers le pays. Son flot bleu azure s’achemine le plus souvent en cascades. La végétation n’est pas en manque non plus, pas plus que l’étonnante faune qui habite ses falaises. Cet idylle sauvage a pour nous, occidentaux, des aires de paradis perdu. Aussi, les populations locales attribuent l’exceptionnelle préservation de l’environnement au pouvoir des représentations de wandjinas…

AUSTRALIA, Western Australia, West Kimberley. Wandjina (creator beings), rock art style painted during last 4000 years, in rock shelter on Bachsten Creek. @Grant Dixon Photography

AUSTRALIA, Western Australia, West Kimberley. Wandjina (creator beings), rock art style painted during last 4000 years, in rock shelter on Bachsten Creek. @Grant Dixon Photography

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Seuls quelques initiés ont le droit de repasser sur les décors. C’est un savoir-faire qui se transmet précieusement par filiation plus ou moins directe. Chaque tribu a son peintre et lui seul peut réactiver les pouvoirs de la peinture en redessinant régulièrement les wandjinas. Aussi, un groupe ne peut survivre sans l’aide du clan voisin : une région ne pourra pas continuer à vivre si tout se meurt à côté. « Nous sommes tous connectés » explique Julie Wungundin du clan des ngarinyins. Des liens d’interdépendance les unissent ainsi depuis la création du monde.

La création du monde remonte au temps des rêves. Au commencement, la Terre était plate et molle. Les wandjinas émergèrent à la surface du sol. C’est en se déplaçant qu’ils ont créé les formes naturelles du paysage. Quand ils s’arrêtaient, ils donnaient naissance aux êtres vivants de la planète. Au moment de leur mort, ils repartirent dans l’océan. Les aborigènes entretiennent un lien fort avec l’eau. La pluie, les moussons, les fleuves et les rivières sont sources de vie.

Aucun détails anatomiques de ces êtres n’est laissé au hasard. Ils n’ont pas de bouches, ni d’oreilles car l’eau s’en échapperait et inonderait le monde. Autour des têtes et des yeux sont représentés de petits éclairs en référence à l’orage des moussons. C’est eux qui contrôlent les événements météorologiques permettant de régénérer la nature. Sans leur aide, les populations seraient livrées à elles mêmes face aux pouvoirs destructeurs de la planète bleue.

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wandjinas par Donny Walagoodja, peintre contemporain Worrora

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wandjinas par Donny Walagoodja, peintre contemporain Worrora

Là-bas, l’équilibre du monde est maintenu grâce aux pouvoirs des wandjinas. A la fois ancêtres et créateurs, ils sont sur les parois du granit mais aussi dans chaque être, animal ou végétal. Leur pouvoir est une force omniprésente qui incombe au bien-être des populations. Le souffle de la nature relit les habitants les uns aux autres. Leur magie anime le monde d’une vie doucereuse. Ils l’aiment et l’habitent avec respect…

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